Au premier abord, les œuvres marquent par leurs couleurs et leur puissance graphique qui rappellent à certains les peintures de Mark Rothko, Hans Hartung, ou Cy Twombly. Des images, jaillissent des instants de vie, des traits de lumière, mêlés d’une mélancolie sombre et silencieuse ; l’oscillation entre plénitude et désolation, accomplissement et abyme, trouble le spectateur.

De la Grèce antique jusqu’à la Chine moderne, l’eau est symbole du chaos des origines mais annonce aussi la résurrection des corps et le renouveau spirituel. L’eau est le lugubre Styx des Grecs et le Kawthar délicieux du Paradis des Musulmans ; elle héberge les naïades et les dieux tout en étant « l’aveugle océan » qui engloutit les marins. Dans toutes les civilisations, toutes les cultures, l’eau est empreinte de spiritualité et de pouvoir. L’eau est un point de convergence universelle où se mêlent les croyances et les émotions et où se réunissent nos élans créateurs et destructeurs, nos schizophrénies.

Sidney Régis cherche à régénérer l’ambivalence et la complétude de cet élément. « Je ne regarde pas mon sujet, je suis dedans ». Ne cherchez pas les poissons ou les coraux, ils n’apparaissent pas, car l’eau tient ici le premier rôle, alors que jusqu’alors elle n’était qu’un décor.

Il transcende l’élément liquide, le fluide connecteur et infini ; il le densifie, le transforme en matière définie, palpable, joue avec ses dimensions, ses substances composites. La photographie capte une forme de réalité, les déjections de la nature et de l’homme peignent sous une chape de lumière des tableaux vivants.

S’agit-il du début d’un monde ou de la fin de notre perception ? Ces instants éphémères se veulent éternité. Les déchets, les excréments, les cendres funéraires réintègrent le jour, l’artiste devient démiurge et met en mouvement nos visions. Il cherche à sublimer la matière, comme si le temps s’accélérait et que l’on voyait les éléments se décomposer devant nos yeux et qu’il nous appartenait de les recomposer.

Un aller-retour infini dans le fini.